Entretien 2

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Conformément aux décisions du 2e sommet des chefs d’etats et de gouvernement de l’autorité du bassin de la volta (ABV), la nouvelle équipe dirigeante a pris les rennes de l’organisme sous-régional le 1er juillet 2017. Le nouveau directeur exécutif de l’ABV, Robert Yaovi DESSOUASSI, a accordé une interview exclusive aux envoyés spéciaux de EAU AFRIQUE, magazine panafricain d’informations et de partage des connaissances 100% eau.
« L’eau doit financer l’eau »

  • Monsieur Robert Yaovi DESSOUASSI, merci de nous accorder cette interview. Vous êtes bien installé dans le fauteuil du directeur exécutif de l’autorité du bassin de la volta (ABV), quelles sont vos premières impressions ?

C’est une impression émotionnelle. De la joie et en même temps, la mesure de la charge de contribuer au développement de notre sous-région à partir de ma position. Mes impressions sont celle de quelqu’un qui va sur un champ de bataille avec la conscience que les choses ne seront pas aisées. Nous n’avons donc par peur d’affronter les difficultés. Ce qui nous renforce dans notre conviction de faire quelque chose en tant qu’homme car on dit que ‘’qui a planté un arbre avant de mourir, n’a pas vécu inutilement’’. Je veux être utile. Et j’ai ce sentiment d’engagement vis-à-vis des autorités pour avoir placé leur confiance à ma modeste personne.

  • Quelles sont les premières actions inscrites dans votre agenda ?

Sur ma feuille de route, il a beaucoup de choses. J’ai une phase protocolaire qui consistera à faire la courtoisie aux ministres de tutelle ABV, au président du sommet des chefs d’état et de gouvernement de l’autorité du bassin de la volta. Je rendrai également visite aux représentations diplomatiques des 06 pays membres de l’ABV au Burkina Faso.
J’aurai des échanges avec le personnel et j’organiserai dans les tous prochains jours des séminaires internes sur les documents fondamentaux de l’ABV. Il est important que le personnel maitrise les contours du mandat et de la mission confiée à la direction exécutive. Les travailleurs doivent savoir ce qu’on attend d’eux en tant qu’éléments de la chaine d’exécution des orientations de nos instances supérieures. Après cette phase préliminaire, je m’emploierai à l’intensification de nos relations avec les pays membres. C’est important de raffermir nos relations avec les états membres à travers des contacts avec les ministres de tutelle, les parties prenantes, les structures Focales Nationales et les ministères sectoriels car nous devons nous intéresser également aux secteurs connexes de l’eau tels que l’agriculture, l’élevage, l’environnement, les transports, les infrastructures, pour ne citer que ceux-là. A part les institutions étatiques, la Direction Exécutive va développer et/ou renforcer ses relations avec les partenaires techniques et stratégiques à travers l’établissement et la mise en œuvre des protocoles d’accord en respectant nos engagements. Nous devons convaincre les partenaires à nos aider. J’insisterai beaucoup sur la bonne gouvernance, qu’elle soit administrative ou financière. Je rencontrerai les représentants des partenaires basés au Burkina Faso d’abord, nous écrirons ensuite à leur siège et plus tard organiser une table ronde des bailleurs de fonds pour solliciter le financement nécessaire pour la réalisation des programmes inscrits dans notre plan d’action stratégique 2015 – 2024.
La gestion intégrée des ressources en eau occupe également une place de choix dans notre agenda. Sur le plan technico-administratif, il faut mettre en place des organes pour aller vers l’application effective de cette GIRE. Dans ce cadre, je compte pendant mon mandat, renforcer les organes qui existent et mettre en place d’autres comme par exemple, le Comité Technique Régional, le Panel d’Experts indépendants, la commission des sous-bassins.
Je reste convaincu de la nécessité de ces organes facilitateurs ou d’aide à la décision pour des actions concertées dans un espace partagé comme le bassin de la volta. La charte de l’eau, instrument règlementaire et juridique, est en cours d’élaboration et consacrera ces organes. Ces organes nous aideront à promouvoir la concertation, à renforcer la coopération entre les populations et les etats partageant les ressources naturelles du bassin de la volta. La charte de l’eau, est et demeure un document fondamental. Elle balisera juridiquement après son adoption et ratification par l’ensemble des six états, l’utilisation de l’eau ; elle réglementera le partage de l’eau entre tous les usages sur une base équitable et non égalitaire. Les besoins ne sont pas les mêmes. Touts ces organes seront mis en place. Le maître mot de la GIRE sera la concertation pour une utilisation paisible des ressources disponibles. Le forum des acteurs est mis en place. Nous irons vers les agricultures et les pêcheurs en un mot, les acteurs de la société civile seront associés aux prises de décisions. Les mesures d’adaptation aux effets des changements climatiques seront un point essentiel de la GIRE. La charte de l’Eau va nous fixer sur les règles générales. La finalité c’est d’arriver à une gestion paisible et concertée des ressources en eau avec ses secteurs connexes. Après la charte de l’eau, il y aura d’autres outils tels que le protocole de l’environnement, les questions de mesures projetées et de partage des coûts et bénéfices liés aux ouvrages communs ou d’intérêt commun dans le bassin de la volta. Aussi, nous devons veiller sur l’impact des projets ; sur la disponibilité des ressources en eau et sur les écosystèmes. L’ABV doit se donner les moyens de créer les outils d’analyse en vue de donner des éléments techniques de prise de décisions par les Etats. Nous devons jouer le rôle de conseiller aux Etats à travers l’analyse de ses projets notamment structurants à impacts significatifs.

  • L’argent est le nerf de la guerre, quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour la mobilisation des ressources financières ?

Les Etats ont créé l’institution, ils lui ont assigné une mission ; il faut des moyens pour faire fonctionner l’organisme. Il est donc fondamental et cela va de notre crédibilité, que les états s’assument en payant leur contribution annuelle au budget de fonctionnement de la Direction Exécutive, l’organe d’exécution et de coordination des actions de développement qu’ils ont bien voulu mettre en place. Nous ferons des constats intensifs au niveau des Ministères de tutelles et des Ministère des finances pour le recouvrement des contributions. Sensibiliser les Etats à payer à temps leur contribution reste une de nos priorités car sans argent, nous ne pouvons significativement et efficacement avancé dans nos stratégies de développement. A cet égard, nous pensons mettre en place, un mécanisme de financement autonome et durable de l’institution. Cela pourra permettre aux pays de souffler un temps soit peu. Avant même le payement des contributions des pays, la machine continuera de tourner. Par exemple, si chaque producteur d’électricité à partir de l’eau de la volta, paie un millième de son chiffre d’affaires, nous allons souffler. Si un irrigant qui pompe l’eau de la volta pour irriguer 1000 à 10000 hectares de riz et mêmes plus ou les sociétés d’approvisionnement en eau, nous donnent un certain pourcentage de leur chiffre d’affaires, nous allons souffler et ça ca permettre à l’ABV d’investir dans des projets par elle-même. D’autres organismes comme l’organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), le font à travers des redevances payées par les irrigants du barrage de Diama. La mise en place d’un mécanisme de financement autonome et durable, ce n’est pas nous qui l’inventons. C’est une des recommandations fortes du 6e forum mondial de l’eau tenu à Marseille en 2012. Ce forum a recommandé aux organismes de bassins fluviaux transfrontaliers, d’aller vers des mécanismes innovants de financements autonomes et durables de leur institution. En le faisant, nous ne sommes par en déphasage ; ça rentre déjà dans l’un des principes de la Gire : ‘’préleveur payeur, pollueur payeur ‘’. L’eau doit financer l’eau. En utilisant l’eau et en payant des redevances, vous donnez la possibilité de financer d’autres activités de ces ressources à travers des projets d’infrastructures, à travers des aménagements hydro-agricoles au profit des populations. On a des terres, on a de l’eau qui se perd dans la mer et on ne développe pas notre agriculture, on est obligé d’importer du riz, vous savez qu’au Burkina ici on produit des fraises, de la pomme, on a de belles tomates, il faut intensifier, développer l’agriculture. La mobilisation de l’eau, reste la condition nécessaire. L’eau de la volta doit produire de la richesse à travers ses aménagements.

  • Vous nourrissez de grandes ambitions pour l’ABV mais la tâche ne sera pas facile.

Nous avons des défis à relever, nous en sommes conscients. Je ne viens pas avec un bâton magique. L’application du principe de ‘’préleveur –payeur et pollueur payeur’’ requiert un long processus. Il y a toute une bataille technico-juridique à mener. Nous devons mettre en place une stratégie de plaidoyer et de communication pour sensibiliser les Etats et les grands usagers des ressources du bassin. Il faut démarrer un jour. Il faut expliquer la finalité de notre programme d’action. On a des programmes de 3 milliards, de 5 milliards. Mais ces montants représentent quoi pour un pays ou pour les 6 pays de l’ABV. Avec la volonté politique, on peut significativement avancer ensemble. La création même de l’institution ABV, constitue une preuve manifeste de leur désir d’aller ensemble pour l’utilisation judicieuse des ressources en eau de ce bassin. Il faut le soutien politique pour entériner nos initiatives/décisions, pour avancer. Le deuxième appel aux Etats membres, est de ne pas nous oublier, de nous aider, de nous appuyer en s’acquittant à bonne date, de leur contribution au budget de fonctionnement de la direction exécutive. Cela y va de la crédibilité de notre institution. Si nous somme solides politiquement et financièrement, les institutions financières régionales et internationales auront confiance en nous et viendront financer nos programmes de développement. Nous voulons passer aux actions concrètes. Il faut que nous soyons tous dans la même dynamique de développement de notre bassin. Au cours de la passation de charges, les ministres, nous ont rassurés de leur soutien. C’est une source de motivation pour nous. Nous devons maintenant appuyer sur l’accélérateur.

  • Que comptez-vous faire dans le cadre du management des ressources humaines ?

Je mettrai en place un système d’évaluation des performances avec un mécanisme de motivation pour encourager davantage les plus méritants. Ceux qui resteront à la traine, je mettrai en place un système de formation et/ou de recyclage pour remonter le niveau. Je veillerai à l’esprit d’équipe, à la complémentarité. Je ne serai qu’un chef d(orchestre qui ne saurait jouer tous les instruments. Chacun doit jouer sa partition. J’attacherai aussi du prix aux questions d’impartialité. Pas de combine ; les questions de personne sont des attitudes qui bloquent les relations de travail. Je mettrai tout le monde à l’aise, chacun dans son poste pour éviter les suspicions, les problèmes de peur et de crainte de certains membres du personnel de la DE/ABV. Tout sera fait dans la transparence, l’affectation des dossiers sera faite en fonction des compétences/postes. Le respect de la hiérarchie me tient également à cœur. Mes portes sont ouvertes pour les suggestions et les propositions. Je prends l’homme au cœur de mon action. Je considère tout le monde quelque soit sa catégorie sociale. Ma philosophie de la vie est la suivante : à la morgue, y a-t-il un président ? Un planton ? a la morgue, y a-t-il un colonel, un homme de rang, en un mot, un chef ? Tout le monde est couché au même titre. Au cimetière, vous voyez quelqu’un là-bas qui est plus important que les autres ? Tout est relatif dans ce monde.

  • Nous vous laissons le soin de conclure cet entretien.

Je voudrais en conclusion me référer à Dieu, le Père Céleste grâce à qui, à travers des hommes éclairés, je suis arrivé à la tête de cette institution. Il y a trois mois, je ne savais pas que je serai ici aujourd’hui. Nous plaçons véritablement notre mandat sous la bénédiction de Dieu.

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